Mapuche : le droit à la terre
Aurélia COULATY

12 / 2008

Longtemps desservies par la juridiction foncière, les populations indiennes d’Argentine ont entamé, depuis une dizaine d’années, un processus de récupération des terres ancestrales. Exemple avec deux communautés Mapuche de Patagonie : l’une, résistant aux expulsions, s’est établie sur la propriété de Benetton. L’autre, ayant réussi à faire entendre ses droits, gère aujourd’hui le premier centre de ski indigène d’Amérique Latine.

Petit matin, au Sud de l’Argentine. Sur la carte, nous sommes à Leleque, dans la province du Chubut, au pied de la Cordillère des Andes. Au cadastre, nous sommes chez Benetton, en propriété privée, légalement acquise. Mais pour la famille Mapuche qui contemple frileusement l’aube patagonienne dans l’attente d’une nouvelle expulsion, nous sommes sur la terre des ancêtres. Le conflit qui oppose, depuis 2002, la communauté de Santa Rosa au magnat du textile demeure, en dépit d’une forte médiatisation, irrésolu. D’un côté, une revendication emblématique de la lutte des peuples indigènes d’Amérique Latine pour la reconnaissance du droit à la terre, de l’autre un cadre légal donnant raison à l’acquéreur de parcelles. Entre lois non écrites et raison juridique, la question de la propriété anime, en Argentine, un débat tendu entre grands latifundistes terriens, gouvernements provinciaux et peuples indigènes… Opposition de deux systèmes de valeur résumée, en 2004, par la lettre ouverte qu’adressait le Prix Nobel de la Paix Argentin, Adolfo Perez Esquivel, à Benetton : « Ce qui est légal n’est pas toujours juste, et ce qui est juste n’est pas toujours légal ».

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